Homélie – 2ᵉ dimanche de l’Avent
« Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. »
Bien chers Frères et sœurs, chers amis
Les lectures de ce dimanche nous invitent à un chemin profondément spirituel : un chemin où Dieu travaille patiemment notre cœur, et où nous apprenons à nous laisser conduire par son Esprit.
Dans le livre d’Isaïe, nous entendons cette image si douce et si forte à la fois : « Un rameau sortira de la souche de Jessé. » Une souche : quelque chose de coupé, d’apparemment fini, stérile. Et pourtant, c’est précisément là que Dieu fait naître la vie. Il n’attend pas que nos existences soient parfaites, ni que nos coeurs soient impeccables. Il fait surgir sa grâce dans ce qui nous semble abîmé, fatigué, peut-être même désespéré.
C’est un message profondément pastoral : Dieu ne renonce jamais à nous. Il ne regarde pas d’abord nos échecs, mais les lieux où une vie nouvelle peut encore pousser. Il ne s’arrête pas à la dureté apparente de notre histoire, mais à la petite ouverture par laquelle son Esprit peut entrer.
Et quel est cet Esprit qui repose sur le rameau ? L’Esprit de sagesse et de discernement, l’Esprit de force et de douceur, l’Esprit de respect et de confiance en Dieu. Autrement dit : tout ce dont nous avons besoin pour vivre, dans notre quotidien, comme des femmes et des hommes en recherche de paix intérieure, de justesse, de vérité.
C’est alors que retentit la voix de Jean Baptiste dans l’Évangile : « Convertissez vous ! »
Il ne s’agit pas d’un reproche ou d’une menace. Jean Baptiste n’appelle pas à la peur, mais à la liberté. Se convertir, dans une perspective spirituelle, ce n’est pas se culpabiliser — c’est laisser Dieu nous rejoindre là où nous sommes pour nous conduire un pas plus loin.
La conversion, c’est dire au Seigneur : « Donne moi un cœur qui écoute. Fais moi comprendre où tu m’attends aujourd’hui. Apaise les résistances qui m’empêchent d’aimer comme toi. Enlève ce qui encombre ton passage. »
Jean Baptiste nous rappelle aussi que la foi ne peut pas être seulement héritée ou automatique : « Ne vous dites pas : nous avons Abraham pour père. » Autrement dit : ne vivez pas sur vos acquis, gardez un cœur vivant, un cœur en chemin. Dans notre vie spirituelle, le plus grand risque est de s’habituer à Dieu, de ne plus être surpris par lui, de ne plus attendre rien de nouveau.
Or Dieu est toujours en train de faire surgir un rameau de vie dans notre existence. La pastorale commence là : aider chacun à reconnaître, dans sa propre histoire, les signes
fragiles mais réels de la présence de Dieu. Un désir qui renaît. Un pardon qui s’ouvre. Une lumière dans un moment sombre. Un geste simple de charité qui réchauffe. Ce sont de petits rameaux, mais ils viennent de lui.
La vision d’Isaïe — le loup habitant avec l’agneau, l’enfant jouant près du cobra — nous parle alors non pas d’un rêve lointain, mais d’un état intérieur : la paix qu’apporte le Christ quand il vient habiter un coeur ouvert. Cette paix ne nie pas les tensions de la vie ; elle les traverse. Elle ne supprime pas les difficultés ; elle nous apprend à les vivre dans la confiance.
Frères et soeurs, en ce temps de l’Avent, laissons résonner en nous ces deux appels : l’appel d’Isaïe à espérer, et l’appel de Jean Baptiste à nous rendre disponibles.
Demandons au Seigneur cette grâce spirituelle : celle d’un cœur qui sait reconnaître les petites pousses de vie qu’il fait germer, et celle d’un cœur assez humble pour se laisser transformer.
Que cet Avent soit pour chacun un temps de douceur intérieure, de clarification, d’accueil patient de l’Esprit. Qu’il fasse de notre communauté un lieu où chacun se sent porté, accompagné, relevé.
Amen.
Méditation
