Méditation

Bien chers frères et sœurs,

Dimanche dernier, Jésus nous présentait deux figures contrastées : le juge inique, symbole de l’oppresseur, et la veuve sans défense, image de l’opprimé. Par une parabole brève mais pleine d’humour, il nous invitait à persévérer dans la prière, dans la certitude que Dieu nous écoute toujours — même s’il lui arrive de purifier nos demandes dans le creuset de la patience.

Aujourd’hui encore, Jésus met en scène deux personnages opposés : un pharisien, modèle du juste, observateur scrupuleux de la Loi, et un publicain, pécheur notoire, collecteur d’impôts pour l’occupant romain et profiteur du peuple.
Mais comment réagissons-nous à cette parabole ? Si, en la lisant, nous disons intérieurement : « Dieu merci, je ne suis pas comme ce pharisien », c’est le signe que nous le sommes… en pire ! Car, après tout, qui parmi nous jeûne deux fois par semaine, donne la dîme de ses revenus et mène une vie sans reproche ? Reconnaissons-le : ce pharisien était, objectivement, plus juste que nous.

Ce que Jésus reproche au pharisien

Jésus ne critique pas ses bonnes œuvres, mais l’esprit dans lequel il les accomplit.
Trois reproches principaux se dégagent.

D’abord, il met son “moi” au centre de sa prière. Il ne rend pas grâce à Dieu pour la force qu’il reçoit, mais se glorifie lui-même devant Dieu. Sa prière n’est pas un dialogue, mais un monologue d’autosatisfaction.

Ensuite, il se croit juste. Son orgueil l’aveugle au point d’oublier qu’aucun être humain n’est irréprochable devant Dieu. Il se présente comme parfait, et, ne demandant rien, il ne reçoit rien.

Enfin, il méprise les autres. Du haut de sa “justice”, il juge, il rabaisse, il exclut. Même dans la prière, il ne peut s’empêcher de regarder de haut ceux qu’il considère comme des pécheurs indignes.

L’attitude du publicain

Face au Pharisien, Jésus nous montre le publicain. Cet homme, méprisé par tous, collaborateur de l’occupant romain, symbole de la trahison et de la corruption, se tient pourtant devant Dieu dans une vérité désarmante. Il n’a rien à présenter, rien à revendiquer. Il n’élève pas les yeux au ciel, mais il ouvre son cœur. Et Jésus nous dit : voilà l’attitude juste.

Pourquoi ? Parce qu’il se regarde avec lucidité. Il sait qu’il est pécheur, mais il ne se décourage pas. Il ne se compare pas, il ne détaille pas ses fautes, il ne cherche pas d’excuses. Il se contente de dire : “Seigneur, prends pitié de moi, pécheur.”
Tandis que le pharisien contemple son passé pour admirer ses œuvres, le publicain regarde l’avenir, espérant la grâce de mieux faire. Il mesure la distance entre ce qu’il est et ce qu’il devrait être, et confie à Dieu le soin de combler cet écart par sa miséricorde.

L’enseignement de Jésus

À travers cette parabole, Jésus renverse nos certitudes. Il préfère le pécheur humble au juste orgueilleux. Il ne se laisse pas séduire par l’apparence des vertus, mais par la sincérité du cœur.

Le pharisien avait beaucoup de qualités, mais il lui manquait l’essentiel : l’humilité, qui est la porte de la sainteté. Il croyait être arrivé, et c’est pour cela qu’il ne pouvait plus avancer. Le publicain, lui, s’abaisse — et c’est pourquoi Dieu peut le relever.

« Qui s’élève sera abaissé, et qui s’abaisse sera élevé », conclut Jésus.
C’est le grand paradoxe de l’Évangile : c’est en reconnaissant notre pauvreté que nous devenons riches du regard du Père ; c’est en nous abaissant que nous nous approchons du ciel.

Conclusion

Alors, qui choisirons nous ?

La tentation est grande de condamner le pharisien, mais ce serait tomber dans une autre forme de pharisaïsme : croire que nous valons mieux que lui. Jésus ne nous invite pas à juger, mais à réconcilier en nous ces deux figures.

Essayons donc d’être, comme le pharisien, des hommes et des femmes vertueux, fidèles à la Loi de Dieu ; mais soyons aussi, comme le publicain, des cœurs humbles, conscients de leur fragilité et ouverts à la miséricorde.

C’est dans cette alliance de la vérité et de l’humilité que Dieu nous attend — car c’est là que naît la véritable sainteté.